Il était une fois est posé sur la page blanche, déposé encore une fois pour commencer, c’est alors que commencerait toute l’histoire de la création, il était une fois la fillette sur son bureau accoudée, penchée, planchait dans le blanc immaculé.
Il était une fois Fatos était princesse ou bien fée, elle était très belle. Il était une fois la fin où un prince charmant demanderait à l’épouser, ce à quoi pour cette fois elle n’était pas prête, pas question pour le moment d’avec un inconnu convoler en justes et fastueuses noces et de recommencer toujours la même histoire d’avoir il était une fois beaucoup d’enfants. Le prince viendra accessoirement, second rôle, le prince fera la queue, attendra des heures avec des sueurs froides, des doutes avant de passer une audition où il se révélera lamentable, - si vous ne savez même pas votre texte (soyons sympa ce mec a carrément trop une belle gueule), non, non c’est du n’importe quoi… allez mon coco dégage, suivant !- Le voilà qui rentre en scène, montre son meilleur profil (c’est vrai qu’il est pas mal… tu rigoles, oh! mon dieu comment il est trop beau) au public qui déjà se pâme et n’a d’yeux que pour lui si bien que ce parterre tout ébaudi succombe, se roulerait à terre et applaudi à chaque phrase que lui lance ce beau diseur, mais qui ne sont à l’écouter qu’une libre improvisation faite des poncifs les plus éculés – t’as de beaux yeux tu sais – (formidable… bravo… quel géni) – ouais moi je t’aimerais toute la vie –(quel sens du mélodrame… mon dieu j’en ferais pipi dans ma culotte).
Sûr de lui-même avec ce narcissisme qui fait qu’il n’y a que lui que l’on aime, que lui qu’il aime, il fait du dialogue son monologue, sa grande tirade du dernier acte, ignorant sa partenaire, feignant au moment crucial de l’embrasser, il ne fait même pas l’effort de lui jouer la comédie car depuis toujours il a été décidé qu’il serait le prince charmant d’une beauté, qu’il n’aurait qu’à se baisser pour l’emporter, mais celui-la est si feignant qu’il ne lève même pas le petit doigt, car on se doit n’est-ce pas en tout de lui obéir, lui procurer et le plaisir et le désir, de plus le public est pour lui qui n’est que pour lui.
C’est bon la représentation est finie ?
Il était une fois le prince charmant qui n’existait pas, mais Fatos était princesse si belle, un jour au détour d’une allée dans les bois, alors qu’elle pour une fois était la plus belle, une mauvaise fée l’accosta. Il était une fois une très méchante fée et c’est peu dire sur les méfaits de cette mégère qui ne sait rien faire que d’empoisonner la vie des gens, au premier abord elle vous fait pitié avec son dos voûté, ses lèvres moustachues, sa verrue au bout de son nez camard, elle vous prend le bras, l’enserre, vous griffe pour que vous ne vous sauviez pas et ainsi arrimée, avinée, elle se traîne de tout son poids d’enclume avec son odeur de nourriture avariée vous proposant une pomme ; et où cela vous entraîne ? Etre belle et dormante merci, autant être morte, ça suffit.
C’est bon cette histoire est finie ?
Il était une fois comment se débarrasser poliment d’une vieille, avec ses histoires connues et rabâchées qu’elle vous nasille et vous prie de croire ô! jolie demoiselle que vilaine sorcière elle n’est plus, elle a bien changé depuis tout ce temps, n’a-t-elle pas meilleur caractère depuis qu’elle a abandonné son poste de marâtre, de cruelle, de femme fatale qui était la plus belle (en tout cas pas cette sale gosse, j’ai bien changé mais tout de même), la preuve en est qu’elle est ridée et puante, car ce n’est tout de même pas de sa faute si percluse d’arthrose à la cascade elle ne peut pas aller se laver. Encore des histoires que tout ça, Fatos ne se laisserait pas conter, car il était une fois elle était belle.
Il était une fois un fruit cadeau d’un prince par une vieille bique apporté et dont Fatos jeune conteuse connaissait fort bien l’âme tortueuse et le passé rétif à se laisser raconter tant son il était une fois était lugubre, angoissant, cela c’est ce qui est raconté, le il était une fois de la sorcière ne vous dirait rien, il n’y a rien à en dire bien que la sorcière le cache, qu’elle en fasse des souvenirs vides où passent de mornes journées à attendre le prince charmant.
Il était une fois pourtant, il, mais rien, dans cette histoire cette méchante fait toujours la difficile, elle préfère de loin, dans les bois embêter les petites filles, princesse de demain qui se pense belle aujourd’hui, elle adore leur donner un certain poison dans de doucereuses paroles où pêle-mêle elle mêle le mielleux, la mièvrerie des sentiments amoureux, les minauderies de son visage décharné de bonne grand-mère viens dans mes bras petit cœur que je vienne à t’embrasser, à t’endormir sous l’accumulation de mes complaintes, de mes couplets parsemés d’il était une fois, gentille, fait étais-je, et quand le sommeil vient enfin, tombe son couperet, se dévoile son masque de mort et dans la forêt son rire de mécréante inonde d’ignobles relents puants de vent mauvais.
Il était une fois cela ne se passa pas ainsi, il y a des pouvoirs magiques ignorés des plus anciennes histoires, notre écrivain voyant les choses bien mal tourner, avisant que sa prose allait se prêter aux moqueries de sa camaraderie déchira toute l’histoire, il était une fois, recommença…
Commentaires