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Vendredi 18 janvier 2008

La barre du saut en hauteur vient de prendre une nouvelle élévation, de quelques centimètres elle s’exhausse au-dessus des tapis… d’en haut comme c’est beau, des rouges, des bleus, des verts qu’ils superposent, d’en haut c’est de là qu’elles viennent les tombeuses gamines qui mollement s’écrasent la mine réjouie, les couleurs réceptionnent, bruissent des – veuillez, mademoiselle, accepter l’invitation à nos festivités, et participer par là à nos tonalités, tenue légère exigée merci –

Les teintes éclatantes étaient fort courtoises et bien qu’elle se fît attendre hors d’atteinte reçurent une nouvelle petite sportive… Elle y a atterrit, toujours en catastrophe, puis elle y a roulé car la zone tapissée attendrit, elle rappelle le moelleux matelas quitté au matin, elle donne envie de s’y abandonner, elle vous absorbe en douceur ; si bien que lorsque le professeur s’absente pour une raison toujours bien quelconque au sentiment des petites sportives, ce qu’elles en profitent… et allégrement pour se jeter chacune son tour et parfois par deux sur les couleurs magiques qu’elles écrasent alors de tous leurs poids… comme elles s’y vautrent… comme elles s’extasient de la mollesse… et vite recommencent, rechutent dans l’amortissement, en reprennent comme une drogue, si douce.

Tapis dans les tons criards, le toucher une par une les gagne, les pousse à la frénésie… il a pour elles des cadeaux tout aussi exquis qu’incompréhensibles, il a cette façon si naturelle de les appréhender, d’extraire d’elles des parfums d’écolière, rien dans ses manières raffinées ne laisse présager le piège sournois dans lequel il entend bien les enfermer… en un doux sérail de caresses, baisers, frémissements, tendresses, tout un harem sensationnel où chacune se gave de la profusion de couleurs… mais aucune ne saurait, lui, le toucher, aussi petit à petit, ce petit quelque chose qui ne  procède pas vient à manquer, provoque petit déséquilibre et se profile en jalousies… des affreuses, atroces envies de ce qu’on n’a pas, il y a bien là des objets de dispute, terribles appâts, attisent creuse l’appétit…

et voilà qu’elles se chamaillent et leur charivari vient, petit à petit, à faire glisser les tapis… fini les tendresses, les moelleux, la subtilité du toucher, tapis, sournois lui a disparu… certes elles ont plus de dure surface pour tomber ou retomber, mais la chute est plus lourde, le choc plus présent, brutal, et c’est vraiment moins amusant de s’y jeter tête baissée ou la première ou la dernière sur toutes ses copines qui hurlent qui tendent leurs bras secoureurs pour amortir la chute de celle qui s’écroule de tout son long plongeon dans les rires…

Revoilà le professeur… les tapis sont rempilés en tas tout exprès pour amortir les sauts en hauteur… petites filles, une par une, bondissantes sauterelles…

Fatos s’était mise en tête, elle était la première à passer… têtue et entêtée c’était bien décidé qu’ elle irait bien plus haut. Elle courut à toute vitesse, oublia de sauter… se prit les pieds dans les tapis, petite bouche entrouverte aux lèvres colorées… elle entre, entre précisément le bleu le vert, subit de plein fouet placage… et retrouva un instant fugitif le toucher qu’elle avait elle aussi aimé, troubles retrouvailles… tous les sens emmêlés d’un coup… perdit connaissance… c’est dire la force de son élan… Elle s’absenta écrabouillant son visage rouge bleu, et partit avec le toucher…

Elle était belle au bois dormant, couleurs fort pâles qui avaient déteint sûrement ou qu’elle avait abandonnées à son amant en attendant… elle avait les membres ballants, n’opposa pas la moindre résistance qui, si elle fût bien éveillée, aurait été des plus acharnée.

Aussi fut-elle transportée, ressentait en elle quelque chose du toucher, elle eut l’impression flottante, l’idée d’un soulèvement mais tout en elle était bouleversé…

Reprenant ses esprits, elle vit rouge, elle ne voyait plus que lui, rouge… elle était éprise, son toucher la touchait… rouge… et qu’un autre vint à l’enlever et qu’un autre vint à lui enlever toute perspective d’avenir, cela la mit en rage. Elle s’extirpa des bras professoraux, perdit l’équilibre, perdit conscience, reperdit perdit.

A l’infirmerie, dans un lit, elle s’éveilla avec une impression de perte, blanc un vertige… elle se rappelait avoir manqué… elle se souvenait avec mal de son départ en trombe, de sa course, du rouge, de son élan, et le toucher… choc, embrassée, les premiers instants un peu fous du toucher… puis le flou et son accompagnement de tournis…

Elle eut le regret de n’être que sur les draps blancs, d’être loin de lui qui l’avait prise par surprise, lui qui s’était emparé de tout ce qui était elle ; au point qu’elle ne pouvait saisir qu’elle avait été absente… désemparée, elle se trouvait bien seule, et presque mécontente qu’il lui ait rendu tout ce qu’il lui avait pris.

Sortie d’école… Elle couru, couru Loïc cette absence-la, la rendait folle de lui, elle courut, couru… elle pensa à lui… tant de choses qui choquent, elle courut, couru. Essoufflée l’attendit. Le toucher. Qu’il sorte, qu’il sorte. Qu’elle en sorte de sa conscience. Elle le vit. Courut, courut à lui. Vite ; on n’évite pas le choc. Elle se cognerait à lui si fort, à en perdre le souffle, la vie, tout. Ils chancelleraient, elle l’épouserait. Il tomberait, elle l’écraserait, s’imposerait à lui, elle avouerait avoir être si bête… et qu’aujourd’hui de lui elle a l’envie comme une bête. Le toucher. Le toucher…

 

Par AronMoysche - Publié dans : Fatos et l'éros
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