Pris… entre ses deux doigts fins… la douce prison… quels barreaux délicats chaleureux d’où le stylo ne s’échappera pas… pris… en gangue exquise, traçant calligraphie, hors des canons écoliers, hors normes imposées… l’étrange tracé aux lettres si inclinées qu’il semble qu’elles cherchent un déséquilibre et qu’elles attendent qu’un projectile bouleversant les bascule… les unes sur les autres, jeux de quilles… elles s’embrassent les unes les autres les filles, à l’école, courent chat c’est toi, se touchent jusqu’à l’infini, et tombent quand c’est fini…mais ici le miracle de l’encre fait que cela tienne bien, que cela ait du style.
Les lignes s’accumulent bleu océan, lettres inclinées révérences et courbent têtes en vagues qui reviennent de l’horizon… et le moment d’égarement perdre la raison, tête aux nuages, pointe bleu,
le visage et sur sa joue, stylo joue subtil tatouage… elle a main relevées, admire sa houle océan, le flux bleu, bleu, bleu des mots… inscrit-elle sur sa joue arabesque ténue l’instant
énigmatique ? Que cherche-t-elle se dandinant sur la chaise de son bureau ?… et l’éloignement bleu l’attire… y bruissent murmures bleus, bleus, bleus clapotis… et des petits les cris
enfantins s’évaporent de la plage… repris, c’est justice, par l’inspiration du vent glissant en chevelure longuement démêlée, détachée comme le reste… bleu, bleu, bleu hors limite frontière
chaise… elle chuchote le mois d’août sans doute, mois prochain, bleu, palpable futur… et ce moi proche au-delà de la ligne de sensation, en dehors du temps, finit où commence océan bleu, bleu,
bleu et pirouette, difficile à définir, comme il est complexe que cela n’en finisse pas.
Doucement, de la pointe imbibée d’encre, trempée de bleu, bleu déborde sur les doigts bleus… qu’il envahisse l’ongle plume provisoire tache bleue… pose bleue sur le papier une empreinte
indélébile d’elle… catastrophe ! l’incidence de l’écoulement minime, la menace, la somme de se rendre et de lever les bras au ciel comme implorant un certain pardon.
Sans lâcher bleues les larmes du crime main droite se crispe stylo, comme la main gauche en joue, s’y ancre, se referment poings serrés… à droite coule l’encre, profondément gagne les pores
tandis que la fillette s’agite, se badigeonne bleu en joue droite, ferme les yeux puisque c’est la mort… un gros pâté bleu difforme se gave de papier, à le transpercer, obstacle terrible qu’elle
devra contourner, passer à la ligne
continuer.
D’un chiffon elle essuie le bleu, droit sur sa main. D’un stylo nommé l’effaceur, elle fait disparaître toute forme affreuse tout d’accumulation bleue liquide creux profond chahute l’embarcation
phrase inachevée, pendant la phase d’imagination de pérégrination au-delà de la ligne bleue, bleue, bleue…
Le pâté sur la feuille n’est plus qu’une vacance, mais par le pâté sur sa joue, appâté le monsieur Alain s’approche de sa chère convoitée, il aime cette joue d’enfant, il aime l’enfant marquée
bleue maquillage et de faire à la fillette un vil marchandage. Puisqu’elle tenait tant à se vieillir, à s’avilir par des traits barbouillés, il connaissait quelque sortilège propre à lui donner
une autre figure. La pauvre, à ce discours, se figure de recevoir atouts supplémentaires couronnes de reine, collier princier, et autre sortes de choses auxquelles on ne s’attend pas… quelle
surprise fut-elle lorsqu’il sortit mouchoir… délicatement cellulose absorba bleu… sourire du monsieur de dire « car ta joue était marquée vois-tu, etc.… » charabia mélange de
prêchi-prêcha que tu peux à peine déchiffrer dans ce tissu de mensonge où se mélangent tes tracés étranges que tu inscrivis pensant à d’autres choses qui ne peuvent être touchées sur ta joue
support propre à ce baiser.
Voyant ce bleu chiffon, rouge la petite piqua un fard, océan, une nuit obscure percée d’un trait lumineux qui s’enfonce ligne d’horizon ténébreux goinfre s’empiffre d’étoiles, ne se contente jamais de l’attrait de ce pauvre signalement position côtière, joue de la petite attire caresse baiser volé, le monsieur est parti…
Reste cette nuit agitée elle ne dort plus et s’en va se précipiter journal de bord inscrire en bleu marine ce qui la chagrine…
Le cap est perdu, l’impalpable immatériel qu’elle avait senti ne se manifestait plus, ne restait que l’impression de ce baiser qui allait la perdre, qui l’avait choqué bleu cœur l’aimait-elle aussi, l’avouerait-elle dans son journal juste avant le naufrage, s’inscriraient-elles ces lignes d’horizons pluriels, lignes de vagues, vagues de lignes bleues, bleues, bleues jusqu’au mal de mer…
Dans ces eaux étranges, nue, elle préfère se précipiter, en entendant sa mère couloir arpenter pleine nuit embrasser l’amie.
Havre-sac plonger désordre toutes affaires cessantes, journal intime taché bleu, et demain de raconter, demain de rencontrer, demain d’embrasser sa copine et de lui dire ce trouble flou flot bleu, bleu, bleu bulle elle y coule, y sombre bleu, bleu, bleu au fond se ronge la lumière, bleu, bleu, bleu bulle remontent surface respirer bleu ciel, grand bleu sur les paupières de son amie que c’est jolie lèvre nacrée rose, ce baiser avec qui elle a tant de démêler, ce baiser bleu, bleu, bleu qui emmêle tout, qui la coule torpillée torpeur, le monsieur l’embarrasserait-elle encore ?
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