Une dame âgée de son rez-de-chaussée
Lance, sème aux pigeons roucoulant des miettes de pain blanc
Au pied de l’immeuble de béton, parallélépipède ton blanc cassé touche-à-ciel, c’est du gazon… du vrai, de l’interdit de piétiner, tout en survie les brindilles, faut voir la tête, sales
écœurées, faut dire tout ce qui leur tombe dessus depuis les fenêtres dix sept étages et que ça balance yaourt qui s’éclate étale contenu morve lactée, des suicides tous les jours… le parterre
c’est tout parsemé canette de bière cabossée, crasseux papiers, sacs plastiques déchirés pas pratiques ; et faut que la vieille rombière rajoute au paysage ocellé souillures le pain sec
haché, celui qu’elle passe temps, presse purée… et à elle le parterre bruyant, pour elle l’assemblée de bleu paré… au moindre mouvement c’est apeuré, le regard fuyant, prêt à s’envoler… c’est
méfiant, les bestioles… c’est plein de tic, la tête en balancier aiguille de métronome régulier, plonge roucoule picore, recule roucoule avance sait plus quand un congénère prend son vol avec
morceau convoité au bec, faut faire avec…
Et la dame fustige les passants, les gens sont si soucis, des ceci, des cela qui l’empêcheraient de jeter, c’est la loi, pâti et patata… avec la vieille pas la peine de discuter, furibarde dès qu’on parle de la gent ailée, sa compagnie… pour elle, une nouvelle poignée semailles qui par petites béquetées est avalée…
Elle fait assez sorcière, la semeuse en rez-de-chaussée, elle fait garde frontière… l’espèce de bout de jardin qui tache de pas finir terrain vague déchèterie c’est son pays, c’est défendu par la bravache, tu touchera pas une aile de sa population pigeon… c’est des figures pas bien en sympathie qu’elle a, des solitudes âgées qui font peur, un genre empoisonné, non on ira pas demander ce qu’est sa vie, on la préfère en fenêtre, hurlante aux passants tant pis, roucoulante, ça fait décors… ça donne un quelque chose à l’immeuble… qu’est parallélépipédique, sévère le géométrique… ça se répète, opération mathématique chez ses frères symétriques, quatre alentour… ça se répète… le lancer de la dame âgée… ça se répète… elle vitupère, elle exaspère, elle désespère sa trombine en fenêtre ornementée, on préfère s’en passer… et ça se répète le mouvement chute libre, paquet d’ordures ballonné sans parachute, balluchon s’écrase mis à sac, dans l’herbe déchets aux vents lambeaux plastiques l’envole, les oiseaux…
La dame, dans le quartier est mal aimée, c’est à dire que souvent sa conversation c’est fait de jurons, d’admonestations… au sale môme qui chasse le volatil… le seul moment de sa journée où elle se trouve un peu de compagnie, certes parmi la gent ailée… petit malappris… saleté… qu’elle dit, et ça se répète… tenterait-on de l’amadouer… vaurien, que des vilaines manière monsieur et le parler affreux… je vous jure… ça se répète les putains… ça se répète, elle se plaint… les gosses toujours, et les pigeons, envolés… revenus, c’est bon… mémé arrête de gueuler…
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