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Fatos et les bestioles

Mercredi 6 septembre 2006

Sur le chemin de l’école la fillette trouva une vigne vierge, sauvage, un peu folle qui vivait sur le coteau. On était en septembre et les grappes rouges sur les ceps tortueux paraissaient faire l’école buissonnière. La fillette franchit le col pas bien haut qui la séparait de ce lieu qui serait pleins d’enseignements. Elle s’accroupit et prit du pampre et tout offert un grain, puis un autre, elle perdit la raison dans les raisins. Elle fut folle, puis tout à fait soûle, puis dans un mirage de carmin, la gamine s’écroula au pied de la vigne perdant l’esprit dans un alcool pas bien haut ; elle bailla, son cartable aussi laissant échapper une haleine redoutable, un compas très pointu, un souffle apaisé, un rapporteur qui se tairait tant pis ! La ronde de ces outils inspira une petite frayeur à un gastéropode qui en fut chassé de son logis : une simple feuille de vigne, il fit la grimace en voyant cette limace hors d’échelle, il en bavait déjà assez comme ça le petit sans domicile fixe qui venait là ce matin prendre son coup, il en devint tout rouge de ne pas avoir son canon de vin et pointa sa colère vers les oreilles de la chose qui n’entendait rien et qui de toute façon ne l’aurait pas compris. Le bestiau sans os, pas si bête, pris la main de la môme, grimpa sur le bras qui faisait une échelle, passa le col vert roulé autour du petit cou qu’il trouva très doux, arriva sur la joue rose rougit et salivait déjà en voyant les petites lèvres légères et closes. Il s’y posa sur cette douceur, y déposa un joli bonheur et en fut tout chaviré. Il rêvait éveillé, il se savait fou, il se connaissait sous le charme de l’élixir en perdant pour de bon toutes raisons. Quant au petit poison amoureux que notre petit animal avait injecté, lui nageait dans le petit flux sanguin de la gamine, lui tout vermillon, lui tout heureux d’aller inonder un petit cœur frémissant qui chanterait un air à boire.

Et la substance cupide dont l’unique but est d’arracher des trésors de volupté atteint sa cible en plein milieu, en plein cœur se déverse et elle, la fillette, elle ne se bat pas, ne débat pas, elle ouvre de grands yeux de belle au bois dormant, reste silencieuse, elle ne s’étonne même pas de ce prince charmant mou et gélatineux, elle aime se baiser un peu fou, ils sont souls et c’est délicieux. Un peu tard la petite recouvra ses esprits, se découvrit, un peu embarrassée, allongée prés de cet amant qu’elle avait laissé tomber en se redressant légèrement. Elle eut un haut le cœur dont la raison venait sans doute de tout ce raisin qui rendait zinzin. Le petit être, quant à lui, tituba ayant perdu toutes raisons et son quant-à-soi ce matin, partit des raisins sans doute malsains, il était monté aux nues, il avait vu de drôles de perspectives, il avait franchit un drôle de col le limaçon, et son cas, pensa-t-il ferait école…        

Par AronMoysche
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Lundi 9 octobre 2006

Le rhinocéros est un animal féroce surtout quand il a ni mal à l’os sa corne de devant qui le fait loucher, qui pleine d’arthrite lui cause de la peine à faire pleurer, qui par déveine et sottise est l’attention du braconnier avec une jalousie d’en avoir une de dressée comme ça et tout prêt de l’écorner son petit nom au rhinocéros, médisant de lui, ne pouvant plus y tenir à sa blague préférée rhino c’est rosse ce qui va t’arriver, arguant de son imbécillité à foncer la tête baissée avec sa vue basse dans le premier piège dressé ; ni qu’il soit, bénéficiant d’une mort précoce stupidement rigidement empaillé un cartouche cloué dans le socle qui le maintient et dont l’indication s’il avait su lire ; la pauvre bête est myope ; ne lui aurait rien appris en dehors qu’il était une parfaite médication possédant vertus aphrodisiaques de part sa corne réduite en poudre de perlimpinpin qu’on négocie au fond de la boutique du pharmacien et des données scientifiques à savoir : son poids, sa taille au garrot, dans un latinisme mal orthographié son nom de famille toute déglinguée explosée comme la cartouche noircie posée sous son cul accompagnée d’une notice extrêmement détaillée à laquelle les badauds donnent de leur temps en chuchotant, en remettant sur le nez lunettes à double foyer et là pris par une sorte de saisissement frénétique, ayant tout compris du fusil près de la bête exposé, son canon à refroidissement rapide, sa culasse à recharge automatique ou manuelle, sa queue de détente demi-crantéee, son viseur à laser et à positionnement téléguidé via satellite orbite basse usage ultra-secret militaire, son trépied en carbone repliable, sa housse en tissus imperméable imputrescible… quel bel engin s’exaltait-on, l’une ou l’autre prenait le bras de celle-ci ou celui-là, désignait du regard la cible et l’appât, entraînait icelui ou icelle jusqu’au c’est un sacré machin d’acier figuré, et ensemble s’extasiaient, jouissaient de la moindre des terminologies, riaient de quelques grivoiseries en considérant l’énorme postérieure de l’animal féroce défiguré, décorné qui à titre posthume est un rhinocéros il a eu dans l’os, il est tombé sur un os, il a fait une rhinopharyngite, pourtant c’était un éros, regarde son éminence c’est tout du factice, un postiche en plastique made in fausse !…

Dans la savane madame rhinocéros se plaint, elle hurle, et quand enfin perçant le tumulte de ses cris on peut lui demander qu’est-ce qu’il vous arrive madame on s’entend répondre entre deux déchirements de sa voix qu’il y a que mon mari ce matin est parti et l’on lui répond madame ce n’est rien tient il va revenir, ce n’est pas ce que pourrait penser, s’il en avait la possibilité, le rhinocéros, l’animal féroce exposé empaillé au musée à la vue, à la sue de tous, prenez donc patience dit-on et elle de recommencer des trépidations, des hystéries pénibles tu peux pas savoir… au début j’avais dit bon une tasse de thé merci madame, en l’attendant dans le salon qu’est sans dessus dessous je l’entends brisée de la cuisine foutre en l’air toute la vaisselle une véritable extermination, du coup elle revient sans rien en braillant comme une espèce d’affolée tu comprends que je ne suis pas restée et si le mari est parti avec une bonne femme comme ça c’est pas étonnant déjà qu’on est bien gentil de la rassurer…

Sa séparation c’est tout comme une lame arrache ça, des crises à vous déchiqueter que ça en devient indécent, du coup on appel les flics, ça fait deux jours qu’il ne revient pas, et c’est qu’elle fait son impétueuse, elle fonce dans le tas, on a besoin d’être un peu tranquille, c’est vrai ou pas quand on sort de chez soi on veut pas être blessé, un peu d’ordre dans tout ça fera du bien que je lui dis quand elle est menottée avec dans ses yeux pas un regard de reconnaissance tu vois, je lui dis que c’est moi et puis elle ne répond pas et d’un coup ce que j’ai eu peur, elle craque les attaches, tu parles que les forces de l’ordre ne sont pas restées, moi tu sais ni une ni deux je l’évite, t’aurait vu ça l’hideuse bonne femme qui te vitupère qu’elle préfère se tuer plutôt que de vivre sans son petit père le rhinocéros qu’est un animal féroce, son mari qui ne l’avait jamais quitté, sur qui elle avait posé son unique regard me déclare-t-elle un peu calmée en plongeant son flou dans mes yeux ; et puis c’est après qu’elle a voulu se suicider que j’ai compris pour son mari, qu’elle pouvait pas le dire plutôt, qu’il était le bonhomme exposé, sans corne, sans son nom à lui qu’un espèce de langage distingué auquel personne ne comprend rien, un mort avec une langue morte comme tout épitaphe…

Depuis elle et moi on est copine, toutes les deux on a nos douleurs, celles qu’on ne dit pas, toutes les deux désunis par le malheur, veuves éplorées inconsolables inabordables, moi j’ai perdu le mien d’une balle perdu dans le poitrail, une sorte d’élan de solidarité qui l’avait conduit, m’avait-on raconté, à protéger de sa vie son ami le rhinocéros qu’est un animal féroce… cette histoire je l’avais jusqu’ici ignoré…, j’avais pour elle du dénie, mais désormais elle et moi, on s’est comme on dit bien trouvé, on se montre aux gens, on abandonne au vent les idées noires, on fait nos féminines, et on a bon espoir tu vois de se retrouver, tu comprends, un mari…

Dans la savane madame rhinocéros a dans son corps une envie féroce de… et sur son dos madame pique-bœuf partageant le même désire se régale de toutes ces saletés de parasites !

Depuis le musée a fermé, les thermites ont grignoté le rhinocéros qu’est un animal féroce de sorte que les grivoiseries ne puissent plus être exprimées, le fusil avait beau être beau mais qu’est-il sans celui qu’il a tué, rien qu’un pauvre ornement, ce n’était plus du tout amusant, les gens ne pouvant plus montrer leur entregent par un mot d’esprit fuyaient ce lieu, tout déçus avec la sensation atroce qu’il lui manque le rhinocéros ! Plus rien n’indique sa présence...

Par AronMoysche
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Jeudi 19 octobre 2006

On les passait au bord de la mer. On écrivait des cartes postales qui disait chère amie, temps maussade, sale temps tout est gris avec mon frère, ma sœur, ma mère. Malade en bateau, l’eau grise comme mon âme. Raconter un souvenir de vacance, employer le verbe griser… On était entré dans une battisse à l’air sévère, à vous dégriser, il aurait fallu être un peu heureux, cette maison est stricte et sérieuse, le maquillage gris des murs lui donnait l’aspect sombre, voir revêche comme la pluie pleurnicharde qui poussée par un paquet de vent venait à s’écraser sur ces vieilles pierres, on était des trempés entrés rapidement dans l’odeur humide qui s’échappait des vêtements détrempés, tout sentait le chien mouillé à la gueule pâteuse, et chacun promenait son odeur entêtante en traînant dans le hall et le plus discrètement possible, dans un coin on s’ébrouait. On s’engouffra, les couloirs étant dans la pénombre pour que chacun des aquariums fût mis en valeur, de chacun d’eux provenait lumineux l’éclairage sur un hippocampe se campant le dos cambré comme l’emblème du camping des coraux ou sur une étoile de mer qu’on chercha vainement tant elle s’était si bien enfouie, personne depuis longtemps ne l’avait vue et qu’elle eût fugué d’aucuns en eussent été étonnés, ou ici les dorades. On écoutait tambouriner, sur le toit, tambouriner la pluie comme si on lançait un appel et plus il plut et plus cela frappa, même pendant un petit instant cela fut assourdissant à vous remplir tout le hall du musée océanographique, plus il plut plus il plut aux gens de chercher ici comme un dernier refuge à la pluie battante, dehors on craignait une attaque, si bien que les couloirs bordés des aquariums où nageait la lumière fussent bondés et que chacun cherchait sa chacune et que chacun nom d’un chien faites donc un peu attention et toi Joseph reste près de moi, Suzanne, Suzanne… chacun se sentait serré, en deux bancs bien distincts qui allaient chacun dans son sens, chacun poursuivi odeur de chien mouillé. Suzanne se fichait du sens de ce qui pouvait bien se passer, elle était trop petite pour être à la hauteur des vitres d’où se déversaient jaune et orangée la lumière où les grands finissaient toujours agglutinés, elle allait à contre-sens, se faufilant parmi la forêt de grandes jambes, elle y trouva une sorte de clairière avec un semblant de calme où elle attendit qu’on l’appelât. Elle entendit sortit d’un haut-parleur nasillard et par bribe comme le vent joue à faseiller les feuille le discours sur le mode de reproduction de l’oursin notice explicative… berceuse, que chacun attentivement écoutait en baillant pour certain, en s’assaillant par terre pour d’autre vient petite fille dans mes bras dit la jeune femme en tailleur à sa hauteur et qui sentait si bon le parfum de maman et qui la prit dans ses bras où elle s’endormit en entendant l’histoire de…

Monsieur poisson ne sentait pas bon, chaque matin de mauvaise humeur, il se levait les yeux rouges et dessous bleues des poches énormes, jamais il ne se lavait ni le soir ni le matin quand quelques fois il s’était levé, jamais il ne sentit le frais mon poisson, frais mon poisson. Monsieur poisson avait plutôt des idées noires, son avis sur tout était tranché, tout déclara-t-il, le peu de fois où il s’était levé, finirait mal, et qu’il aurait ses derniers quartiers sur un étal, c’était fatal il finirait tranché sur les glaçons. Non, Monsieur poisson ne sent pas bon, il dit qu’autour de lui tout est conspiration, on en veut à sa peau jusqu’à ses écailles, il y a anguille sous roche, on se lave ici les mains d’affaires sales, il se méfie de tout et surtout mon petit ne dort plus la nuit car je te confie un secret : ne sont ici que les agents pathogènes de la perfidie, ils te guettent et au moment où sous la douche tu désires être tout net, ils viendraient se coller à toi, sachant cela mon petit ne te lave surtout pas.

Monsieur poisson disait partout qu’on l’empêchait, il médisait sur tout, rapportant chacune des choses qu’il avait à vivre, qu’on lui mettait dans l’obligation de vivre, à un hameçon dont il avait eu étant jeune, comme s’il avait été jeune, la mauvaise expérience. Monsieur poisson se défiait de tout, et peu importe quoi que ce soit ou que ce fut peu importe, de tout temps, il y trouverait piège, chausse-trappe, filet de pèche, interdiction de pécher arrêter municipal, bien que sachant lire il trouve que cela était un attrape-nigaud, car c’est bien comme cela qu’il avait avalé l’hameçon, ma petite fille rajoutait-il on ne se méfie jamais assez. Monsieur poisson ne sentait pas bon, alcoolique bois sans soif ce régime déréglé l’abîmait, le dérangeait si bien que bien souvent il en avait la colique accompagnée de gaz épouvantables, non vraiment monsieur poisson vous ne sentez pas bon. 

Au début de cette histoire, il était une fois il y a bien longtemps, Monsieur poisson avait été rouge, il avait eu une âme de révolutionnaire, mais c’était une époque révolue, dans son bocal il tourne désormais en rond et de façon un peu bancale, dans un costume délavé, dépouillé, ni dans le ton, ni à la vogue, monsieur poisson à force d’être mal embouché ne sait même plus nager, il tourne, mais c’est assez vague, il lui semble qu’il tourne toujours dans un sens avec le sentiment, certain, que rien ne servait à rien, qu’il avait raté sa vocation car en étant péché il aurait accédé ipso facto à la rédemption, il aurait été l’arrête qui dans le gosier se serait coincée provocant suffocation, arrêt cardiaque, il aurait été le poison terrible d’une conspiration – il se savait non comestible – il aurait trempé dans d’infâme machination provocant suffocation, arrêt cardiaque. Monsieur poisson entonne son couplet sur la vie monotone, et tourne en rond, dans quel sens ? non au sens déclara-t-il tournant en rond monotone sa vie, son couplet qu’il entonne – poisson ?, monsieur – Non. Monsieur poisson, vous ne sentez pas bon, vous nous racontez encore comment de l’eau vous fûtes extirpés, qu’avec un sourire on vous sort de là, la gueule en sang à attendre l’expiration suffocation, l’arrêt cardiaque, et Monsieur poisson avec son fond cynique de vous commenter les yeux révulsés que c’est ça qui donne du sens à sa vie, bien qu’il retourne en rond…

Par AronMoysche
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Mercredi 25 octobre 2006

Chez le crabe tout va de travers, impossible de bien faire, il pèse sur lui une sorte de calamité, qui l’hiver dernier a emporté ma pauvre dame un véritable drame sa cousine éloignée madame l’araignée, et tout lui tombe dessus si vous saviez aucune de ces démarches n’a réussi à faire fléchir les destinées, au printemps pour cela il s’est emporté, mais rien à faire contre l’accéléré : et combien de bigorneaux, et combien de crevettes grises ou roses qui sentent quand même un peu le crevé tu sais pas et tient parmi les proches combien de tourteaux servis sur un plateau de fruit de mer ont fini savamment mayonnaise sur les doigts décortiqués, fouillés, gratouillés carapaces jetées à la poubelle, vraiment chez le crabe rien ne va comme il se doit, ça lui reste en travers. Ils se rappellent à lui affreusement, en vrac, mélangés la tante, un type qu’on ne connaît pas, le cousin germain, un voisin. Toujours à l’heure de leur repas se payer l’odeur de rince doigt de chez l’océan restaurant coquillage et crustacé frais toute l’année ; de l’avis du crabe il n’y eut que tes ordures qui crûssent assez, de sorte qu’aux lendemains qui déchantaient les crabes crussent assez, assez, il fallait bien que le massacre s’arrêtât, qu’assez advienne et un jour c’est assez qui vous enleva le crabe de cette plage maudite, il pensait que s’en était fini de cette vie pleine de revers et se retrouva sain et sauf dans ce coin dit de paradis c’est écris sur l’affiche posée de travers où seul dans une solitude extrême sont sélectionnés les plus beaux spécimens de Robinson Crusoé, coin de paradis tu parles ça ne vaut pas un radis foie de crabe et de rajouter la mer que des bruits… d’un ennui profond…

Quand je vous dis que tout va mal, écoutez d’un ennui profond ma complainte de crabe dans mon ennui profond, voilà que tout d’un coup arriva un grand tremblement, aussi comme à mon habitude d’être affreusement seul je m’enterrai vivant, je me serrais bien enfui mais bon vous savez ce que c’est, on a ces petites manies de célibataire qu’il ne faut pas déranger ses petites affaires, on a son cafard à promener le matin, on a à savoir un nouvel accident, on a son ennui profond, un génocide on a le choix, courageux je me serais bien enfoui six pieds sous terre mais tu parles d’un coin de paradis vingt centimètres de sable clair et tu te cognes au béton du vrai du bon, donc chambardement, après le bombardement je me suis donc camouflé à la va vite et j’attends que ça passe ou plutôt que ça me tombe encore dessus, j’attends, d’un ennui profond... Mais rien, je m’attendais au pire mais il n’est pas venu, vous serez assez aimable d’en mesurer ma déconvenue. Donc si vous voulez j’attends encore, et au pire si le malheur n’arrive pas je m’en prendrai plein la gueule au moins. Non toujours rien, c’est d’un ennui profond… comprenez que je devienne curieux tout de même un malheur n’arrive jamais seul j’en ai la sale expérience. Je sors le bout de mon nez et je me cogne à la triste réalité, je n’étais donc plus seul. C’est quoi ça ? que je me suis demandé, un coup du sort, déjà que le coin s’est franchement rikiki, paradis tu parles, et t’as cette disgrâce qui donne dans l’inconvénient du genre un enfant sur les bras il paraîtrait que c’est une fille, moi je n’ai pas que ça à faire, je peux pas m’en occuper, c’est que j’ai toute une collection de dadas, je n’ai pas le temps, n’allez pas croire que je me plaigne mais les jérémiades de ces gens là ne valent pas les miennes, moi l’infortune c’est mon domaine, j’en ai assez comme ça pas la peine d’en rajouter dans la tristesse ma petite ça suffit, inutile de m’éprouver, c’est lamentable d’agir de la sorte, de profiter du malheur des gens pour les culpabiliser, ça va, ça va je ne suis pas un misérable et ce n’est pas parce que rien ne va chez moi qu’à ton sort je vais t’abandonner.

Fatalité quand tu nous tiens ! C’est par derrière que le crabe a tenu son premier grand discours intérieur, une pensée qui maintenant l’accompagne. Fatalité du popotin, suspens… Aussi prit-il les devants et nous allons voir comment, en attendant écoutons le bruit au fond d’un ennui profond…

Il ne connaît rien à ce genre de créature, en dehors que par l’une d’elles quelque fois il se fasse enlever, empoigné c’est dégueulasse proteste-t-il mauvais caractère menaçant pince de te broyer les doigts ou tout ce qui dépasse ou tout ce qui est à sa portée, mais il est bien malchanceux jamais jusque-la il n’était arrivé à ses fins ou à sa fin que cette horreur à vivre cesse comme c’est pénible d’attendre cette peine capitale de vous arracher enfin aux tourments solitaires. Pour la première fois pense-t-il, discours-t-il c’est incroyable ce que penser peut faire changer d’avis. Coin de paradis, la créature place assise, tendre disponible abandonnée, à moi cette compagnie, je n’ai jamais eu de chance dans ma vie, est-ce un rêve et de se pincer pour savoir s’il ne dort pas, et ça fait drôlement mal, ça va pas ou quoi, chez le crabe tout va de travers maintenant qu’il en pince pour l’être en pleurnichement reniflant et aussi malheureuse que lui. Donc il en fait le tour et se présente, enchanté chez moi aussi tout va mal et ça le soulève, mal au cœur au ciel, ça le regarde pourtant franchement c’est pas ces oignons, il est marrant celui-la que ça dit, ça le repose, incroyable comme il se sent bien d’avoir pour la première fois un peu de compagnie, à deux dans le pétrin on est pour le moins sacrement moins malheureux ! l’ennui profond… d’une panne vient de s’arrêter…

Par AronMoysche
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Mercredi 22 novembre 2006

La tempête abattue bien en peine s’avoua vaincue, groggy par un chêne déchaîné qui l’avait battu, elle s’était évanouie dans la nuit, elle avait disparu laissant dans ces parages son immense désolation, elle était partie sans aucunes excuses laissant de nombreux chants de bataille, des agonies, des saignées, des coupes larges qu’elle avait tranchées en bûcheronne enragée, si bien qu’au matin beaucoup n’avait plus de logements. Beaucoup périrent au cœur de cette nuit, phénomène singulier peu avait été épargné en deuil de beaucoup.

Fantomatique, beaucoup errait sans abris, loqueteux, complètement démuni, il avait un air si malheureux que notre vieux chêne si attendri par sa nouvelle compagne se lança bien malgré ces anciens préceptes dans une nouvelle campagne. Il ne s’agissait plus de résister à ce qui l’avait tourmenté toute la nuit cet amour si nouveau ou cette lutte qu’il savait être gagnée d’avance, il lança simplement à beaucoup une sorte d’appel, permit à beaucoup de croire dans un avenir. Beaucoup on le sait avait beaucoup trop souffert et si les abris souterrains avaient bien résisté aux assauts du vent, les nids avaient été emportés, engouffrés dans la tourmente poussins, pères et mères brusquement anéantis par la bourrasque broyeuse.

Au petit matin qui erre sur le chemin, qui est perdu dans les airs, qui a une allure de grand-père, qui se demande, qui est encore ici, qui, qui, qui s’était posément atterri près de la fillette, qui, qui lui chantait donc une sérénade et qui recula quand elle ouvrit les yeux, quand elle détendit les bras, quand elle secoua ses cheveux remplis de nœuds de nuits ?

Qui sur la branche, sur de lui car qui de son jeune temps put chanter mieux que lui, qui, qui aurait eu un plus joli gazouillement, qui improvisa ce chant que tous connaisse désormais, qui, qui selon vous fredonnait-il à celle qui croyait-il serait bientôt sienne, à celle qui encore allongée à cette heure qu’il vous chante et qui se lève lentement et qui s’épanouie majestueusement aurore, qui, qui se dit qu’elle était bien trop grande pour lui, qui selon vous était un peu secoué, qui, qui, qui avait par cette nuit toute dérangée perdu toute sa raison, sa maison, son entendement, qui avait voleté à son secours, qui du hasard ou du calcul l’avait posé sur la branche près d’elle, à qui de battre son cœur reprenait de plus belle, qui, qui, qui ne lui laissait plus le choix à qui de battre son cœur n’a plus cessé comme à bout de course qui de fréquences inconnues lui envahissait son petit corps, près d’elle qui ne pipa plus, pas plus qu’il ne put se précipiter vers une échappatoire qui l’aurait délivré de cet amour comme printanier qui le saisit, qui l’embrassa, qui lui dit au bel oiseau, et de battre son cœur, qui lui donne tant d’affection, le petit oiseau n’en croyait pas ses yeux qui sont bleus que d’une fillette dont le parfum léger complice de la forfaiture dont il était victime, il puisse être amoureux. Qui avait une nuit blanche tourmentant la mémoire, qui avait ce mal étrange, qui subissait l’étau douloureux de ses tempes, qui de l’estomac avait des crampes, qui ?

Et bien c’est qui, ce jeune étourneau qui tout étourdis donnait le tournis, qui ne savait où il en était après ce léger instant exquis envolé près d’elle, qui se dit-il pour avoir bonne mine, faire preuve de contenance lui offrirait un vers. Qui descendit de son arbre, qui gratouilla la terre entre deux racines, qui ne faisait pas bien attention espèce de nigaud vous me marchez sur les pieds, c’est qu’ici les malpolis ne sont pas requis, non seulement vous ne savez pas danser mais de plus vous m’avez bousculé mais qui êtes-vous pour agir ainsi de la sorte, et qui est assez sotte pour le pardonner le beau avec sa tête de linotte qui vous offre l’apéritif, un whisky, qui maladroitement s’excuse, qui lui dit toutes ses bonnes aventures, à qui croyez-vous avoir à faire, le couple de sansonnets que vous étiez en train d’observer regagna leur tout nouveau petit nid à l’abris des indiscrétions, qui êtes-vous pour avoir un tel comportement, détournez donc le regard, et voyons qui atterrit alors près de la fillette rendormie, c’est ce que nous allons justement voir…

Par AronMoysche
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