On les passait au bord de la mer. On écrivait des cartes postales qui disait chère amie, temps maussade, sale temps tout est gris avec mon frère, ma sœur, ma mère. Malade en bateau,
l’eau grise comme mon âme. Raconter un souvenir de vacance, employer le verbe griser… On était entré dans une battisse à l’air sévère, à vous dégriser, il aurait fallu être un peu heureux, cette
maison est stricte et sérieuse, le maquillage gris des murs lui donnait l’aspect sombre, voir revêche comme la pluie pleurnicharde qui poussée par un paquet de vent venait à s’écraser sur ces
vieilles pierres, on était des trempés entrés rapidement dans l’odeur humide qui s’échappait des vêtements détrempés, tout sentait le chien mouillé à la gueule pâteuse, et chacun promenait son
odeur entêtante en traînant dans le hall et le plus discrètement possible, dans un coin on s’ébrouait. On s’engouffra, les couloirs étant dans la pénombre pour que chacun des aquariums fût mis en
valeur, de chacun d’eux provenait lumineux l’éclairage sur un hippocampe se campant le dos cambré comme l’emblème du camping des coraux ou sur une étoile de mer qu’on chercha vainement tant elle
s’était si bien enfouie, personne depuis longtemps ne l’avait vue et qu’elle eût fugué d’aucuns en eussent été étonnés, ou ici les dorades. On écoutait tambouriner, sur le toit, tambouriner la
pluie comme si on lançait un appel et plus il plut et plus cela frappa, même pendant un petit instant cela fut assourdissant à vous remplir tout le hall du musée océanographique, plus il plut
plus il plut aux gens de chercher ici comme un dernier refuge à la pluie battante, dehors on craignait une attaque, si bien que les couloirs bordés des aquariums où nageait la lumière fussent
bondés et que chacun cherchait sa chacune et que chacun nom d’un chien faites donc un peu attention et toi Joseph reste près de moi, Suzanne, Suzanne… chacun se sentait serré, en deux bancs bien
distincts qui allaient chacun dans son sens, chacun poursuivi odeur de chien mouillé. Suzanne se fichait du sens de ce qui pouvait bien se passer, elle était trop petite pour être à la hauteur
des vitres d’où se déversaient jaune et orangée la lumière où les grands finissaient toujours agglutinés, elle allait à contre-sens, se faufilant parmi la forêt de grandes jambes, elle y trouva
une sorte de clairière avec un semblant de calme où elle attendit qu’on l’appelât. Elle entendit sortit d’un haut-parleur nasillard et par bribe comme le vent joue à faseiller les feuille le
discours sur le mode de reproduction de l’oursin notice explicative… berceuse, que chacun attentivement écoutait en baillant pour certain, en s’assaillant par terre pour d’autre vient petite
fille dans mes bras dit la jeune femme en tailleur à sa hauteur et qui sentait si bon le parfum de maman et qui la prit dans ses bras où elle s’endormit en entendant l’histoire de…
Monsieur poisson ne sentait pas bon, chaque matin de mauvaise humeur, il se levait
les yeux rouges et dessous bleues des poches énormes, jamais il ne se lavait ni le soir ni le matin quand quelques fois il s’était levé, jamais il ne sentit le frais mon poisson, frais mon
poisson. Monsieur poisson avait plutôt des idées noires, son avis sur tout était tranché, tout déclara-t-il, le peu de fois où il s’était levé, finirait mal, et qu’il aurait ses derniers
quartiers sur un étal, c’était fatal il finirait tranché sur les glaçons. Non, Monsieur poisson ne sent pas bon, il dit qu’autour de lui tout est conspiration, on en veut à sa peau jusqu’à ses
écailles, il y a anguille sous roche, on se lave ici les mains d’affaires sales, il se méfie de tout et surtout mon petit ne dort plus la nuit car je te confie un secret : ne sont ici que
les agents pathogènes de la perfidie, ils te guettent et au moment où sous la douche tu désires être tout net, ils viendraient se coller à toi, sachant cela mon petit ne te lave surtout
pas.
Monsieur poisson disait partout qu’on l’empêchait, il médisait sur tout, rapportant
chacune des choses qu’il avait à vivre, qu’on lui mettait dans l’obligation de vivre, à un hameçon dont il avait eu étant jeune, comme s’il avait été jeune, la mauvaise expérience. Monsieur
poisson se défiait de tout, et peu importe quoi que ce soit ou que ce fut peu importe, de tout temps, il y trouverait piège, chausse-trappe, filet de pèche, interdiction de pécher arrêter
municipal, bien que sachant lire il trouve que cela était un attrape-nigaud, car c’est bien comme cela qu’il avait avalé l’hameçon, ma petite fille rajoutait-il on ne se méfie jamais assez.
Monsieur poisson ne sentait pas bon, alcoolique bois sans soif ce régime déréglé l’abîmait, le dérangeait si bien que bien souvent il en avait la colique accompagnée de gaz épouvantables, non
vraiment monsieur poisson vous ne sentez pas bon.
Au début de cette histoire, il était une fois il y a bien longtemps, Monsieur
poisson avait été rouge, il avait eu une âme de révolutionnaire, mais c’était une époque révolue, dans son bocal il tourne désormais en rond et de façon un peu bancale, dans un costume délavé,
dépouillé, ni dans le ton, ni à la vogue, monsieur poisson à force d’être mal embouché ne sait même plus nager, il tourne, mais c’est assez vague, il lui semble qu’il tourne toujours dans un sens
avec le sentiment, certain, que rien ne servait à rien, qu’il avait raté sa vocation car en étant péché il aurait accédé ipso facto à la rédemption, il aurait été l’arrête qui dans le gosier se
serait coincée provocant suffocation, arrêt cardiaque, il aurait été le poison terrible d’une conspiration – il se savait non comestible – il aurait trempé dans d’infâme machination provocant
suffocation, arrêt cardiaque. Monsieur poisson entonne son couplet sur la vie monotone, et tourne en rond, dans quel sens ? non au sens déclara-t-il tournant en rond monotone sa vie, son
couplet qu’il entonne – poisson ?, monsieur – Non. Monsieur poisson, vous ne sentez pas bon, vous nous racontez encore comment de l’eau vous fûtes extirpés, qu’avec un sourire on vous sort
de là, la gueule en sang à attendre l’expiration suffocation, l’arrêt cardiaque, et Monsieur poisson avec son fond cynique de vous commenter les yeux révulsés que c’est ça qui donne du sens à sa
vie, bien qu’il retourne en rond…
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