Dans le hall, carrelé de blanc, hanté de courants d’air, ça sort de la cage d’escalier, ça s’époumone comme sorti d’un inhalateur, ça vient de sa voix mourante dont les hurlements descendent, s’enfoncent en sifflements épouvantables depuis les hauts, longuement s’étirent dix huit étages de marches bétonnées à se payer dans l’obscurité, tu parles que personne n’ose monter avec lui, dix huit étages à pied avec lui tu parles d’une compagnie toujours essoufflée, toujours à s’appuyer sur vous et lourdement, toujours la même conversation, toujours les mêmes douleurs pour vous engouffrer, franchement vous enfournez là-dedans avec un géant comme ça très peu pour moi, alors on reste en bas, on attend l’ascenseur dans le hall habité sporadiquement d’un voisin salué en bas chuchotements, d’un éternuement coincé – à vos souhaits –
On attendait tous devant la porte chromée qu’elle se fût ouverte, qu’elle nous eût permis d’échapper aux civilités, aux banalités et d’observer strictement, une fois à l’intérieur, le silence des villes bruyantes, car ici je ne te dirai rien, rien du même quotidien que nous fréquentons ou serais-ce que tout se ressemble et que cela ne me dise rien…
La porte sonna, accueillant sourire si elle fût bouche chromée, s’ouvrit, l’ascenseur desservant les étages paires ne fonctionnait plus, la file murmurante prolongée pendant l’attente s’engouffra, on ne sait pas pourquoi bouche chromée avait voulu se refermer sur une grosse dame qui embarquait sa place à deux personnes, une poussette la coinça au fond, un landau où se fit un nouveau-né câliné la cala, un casque à musique à fond sur un adolescent occupa le volume sonore, un vieux monsieur prit le reste de la surface en la complétant de sa canne et déclara mon petit monte avec moi… Mon petit qui était Fatos emmitouflée et arborant des couettes poliment refusa l’invitation se rappelant déjà être montée avec ce monsieur-la qui l’avait alors que l’ascenseur était vide frôlé de bien trop près, elle leur sourit à tous se souhaitant un bon voyage vers de hautes destinations jusqu’au 18em étages pour quelques-uns uns, mais le monsieur à la canne ne l’avait pas entendu de cette oreille, d’ailleurs il était un peu sourd par des instants qu’il choisissait avec un soin extrême, il joua de la canne pour entasser ces dames, ce jeune homme, ces véhicules d’enfants endormis, il rejoua de la canne à pêche à la fillette qu’il saisit un peu d’effrois, la hala là et à la fin qu’il força contre lui, pour qu’elle l’écoute enfin raconter sans fin toujours la même histoire de sa voix chevrotante – tu veux un bonbon -, tandis que les deux panneaux coulissant de l’élévateur se refermaient et que tous maugréant pour des raisons diverses écoutèrent le vieux radoteur qui commença, tandis que l’ascension commençait, à débiter à la petite le conte étrange de sa vie de vieux garçon que tous étrangement, il n’y avait rien d’autre à faire écoutèrent avec attention, dévotion ne se lassant pas d’admirer le monsieur qui au court d’une longue vie déjà combien d’années de retraite vieillesse, énième étage, une dame un landau bousculèrent merci de céder le passage en regrettant d’ignorer la suite d’une histoire dite sur un ton monocorde éraillé qui promettait des divulgations extraordinaires, qui sentait même le souffre tant l’haleine du vieux portait à la nausée jusqu’au fond de l’engin (bouche chromée était édentée, ainsi que ce vieux au dentier) qui sonna en refermant ses portes, à l’intérieur la vie toute historique du monsieur montait crescendo, on en était à ses premières aventures, lorsque comme toi fillette il était garçonnet courant la campagne, car cette vie urbaine que tu connais en bas disait-il s’adressant à la cantonade, ces voitures, ces rues, ce bitume, cet immeuble où l’ascenseur va bien lentement dans la pensée que le monsieur trouvait étriquée des gens qui attendent l’antépénultième étage, mais la machine connaît des pannes, elle s’arrête, repart, coince entre le dernier et l’avant, à l’intérieur on sonnait clochette de dépanneur signal sonore étouffé sous les racontars, oui mon petit j’habitais ici, j’étais garçonnet fort joli, des cheveux blonds, les yeux bleus, mon petit je t’aurais plu et déclaré dehors sous la pluie qui dans ce temps là me semblait être une sorte de rideau de soie au subtil touché comme il se doit de tes lèvres roses petite beauté t’osais-je déclaré sous la foi du serment, en prenant ton bras, je te promènerais dans mon royaume des champs d’avant, avant le dernier changement survenu où poussèrent incongrues, toutes ces choses qu’aujourd’hui tu connais, ferme les yeux viens avec moi dans ce temps-là, et les voilà dans la campagne bras dessus, bras dessous se fichant éperdument de ce que disent d’eux les gens, chipant un fruit mur sur le pommier, le partageant devant un serpent jaloux en le croquant à belles dents qu’il a perdues depuis longtemps le monsieur et son histoire sont partis, un matin tout plein d’ennuis, on déclara que dans la nuit il était décédé, qu’il ne ferait plus d’histoire dans lesquelles il aurait entraîné une fillette à voler les pommes du verger de sa jeunesse passée.
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